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Quelles répercussions de la catastrophe de Draguignan pour l'entreprise PIZZORNO ?

Quelles répercussions de la catastrophe de Draguignan pour l'entreprise PIZZORNO ?

Au moins deux cent cinquante salariés du groupe PIZZORNO ont été concernés par la catastrophe qui s'est déroulée à DRAGUIGNAN, lieu de son siège social, ainsi que dans ses environs. Nous avons voulu savoir comment cette entreprise de 7800 Salariés, spécialisée dans le traitement des déchets, la propreté urbaine et l'assainissement avait géré une telle crise. Quelles sont les mesures prises, sachant que onze familles du Groupe ont perdu leurs maisons et une quinzaine leurs véhicules et que la crue a généré des dizaines de milliers de tonnes de déchets ? Quelles sont les pertes matérielles et les conséquences sur l'activité, subies par l'entreprise elle-même? Faut-il revoir le périmètre du Plan de Continuité de l'Entreprise ? Nous avons également souhaité donner la parole à des cadres salariés de PIZZORNO (le Responsable Développement Durable, des Directeurs d'exploitation, la Directrice des Ressources Humaines...) qui nous relatent ce qu'ils ont vécu et témoignent de leur engagement sociétal. Retrouvez notre reportage, à la lumière des photos chocs prises six jours après la catastrophe...

Photo : Philippe Roques, Directeur d'Exploitations, François Hoarau, formateur en sécurité routière chez Pizzorno, ex parmi d'autres salariés volontaires pour venir aider les équipes de Draguignan, il s'occupe des flux entrants et sortants des véhicules.


Yan Leblanc, vous êtes le Responsable Développement Durable du Groupe PIZZORNO, aviez vous mis en place une gestion de crise et d'évènements graves ?

 Nous avons mis en place une gestion de crise et d'évènements graves sur les thématiques Santé/Sécurité, Environnementales, Sociales et Incendie. Nos réflexions portaient sur les moyens de diminuer les risques, faire face à la situation d'urgence et continuer nos activités. Nous avons décidé de créer une cellule de crise en cas d'évènement majeur (constituée par les membres du CODIR) pour coordonner les actions. Toutefois nous n'avions jamais retenu le scénario d'une catastrophe naturelle.


Comment avez-vous géré la crise ?

Nous avons géré la crise de façon plutôt fluide vu les circonstances, la cellule de crise n'a pas été constituée comme prévue mais chacun des membres la constituant s'est inscrit dans un rôle opérationnel. Les sites non sinistrés ont immédiatement détachés du matériel sur Draguignan et alentours ; la ville a pu voir un défilé de véhicules aux couleurs de Toulon, la Seyne sur Mer, Nice, Cannes, Brignoles, Bormes les Mimosas,.., type bennes à ordures ménagères, laveuses, balayeuses, porteurs,... Un Directeur de Branche, a par exemple fait venir le lendemain du déluge une chargeuse du centre de tri du Muy pour dégager une des rues les plus touchées du centre, tandis qu'un autre coordonné en direct sur le terrain, les 1ères opérations. Beaucoup de salariés se sont portés volontaires, qui dans les rues avec un balais et une pelle, qui sur l'exploitation de Draguignan pour dégager la boue ; d'aucuns ont doublé leur poste pour pouvoir aider ici. Pendant ce temps, la logistique s'est organisée : le Groupe a fait une commande urgente d'équipements de protection individuelle et repas et boissons ont été livrés quotidiennement aux salariés. A ce titre, il faut noter que le fait d'avoir des fournisseurs locaux nous a permis d'être livrés avec la meilleure réactivité.

 Les salariés qui se sont portés volontaires sur les sites distants ne se sont pas posés la question de leur rétribution, mais nous sommes en train de comptabiliser l'ensemble de leurs heures passées sur le terrain afin d'offrir une juste rémunération. Il faut savoir que des certains salariés ont travaillé de 4h du matin jusqu'à 17h, là où les horaires habituels prévoient un service de 5h du matin à 11h...

En y repensant, si l'ensemble des opérations d'urgence ont pu avoir autant de cohérence, c'est grâce à un élan inimaginable et spontané de solidarité interne.

Photo : Le parking Pizzorno transformer pour entreposer depuis le début 6700 tonnes

 

 


Avez-vous mis en place un accompagnement pour vos salariés sinistrés?

Au sein de la Direction des Ressources Humaines, une personne de ce service (souhaitant rester anonyme « Tant de gens ont apporté leur aide ... la mienne n'est qu'une goutte d'eau dans la masse. » dit elle) s'est proposée pour s'occuper de la solidarité pour nos salariés. Elle a été à l'écoute des familles en difficulté, les appelant deux fois par jour. Ainsi, à son insu, elle est devenue, pour ces mêmes familles un pilier sur lequel elles pouvaient s'appuyer concrètement.

 Nous avons d'abord recensé toutes les personnes qui avaient perdu leurs biens. Onze familles se sont retrouvées sans habitation ; quinze personnes ont perdu leur véhicule. Mais nous pensons que le nombre de nos salariés touchés par la catastrophe est plus important, dans la mesure où certains ne se sont sans doute pas manifestés,

Un recensement des appartements disponibles sur Draguignan et les communes environnantes a été effectué auprès des agences immobilières. Quatre familles, parmi nos salariés, ont pu ainsi être relogées. Très vite toutefois, ces professionnels ont été pris d'assaut par des sinistrés non salariés du groupe PIZZORNO, ce qui ne nous permet pas - dans l'immédiat- de satisfaire toutes les personnes dans le besoin. Certaines d'entre elles résident momentanément dans des campings, d'autres chez des amis bienveillants. Beaucoup reste à encore à faire.

Nous avons été très rapidement contactés par un expert-comptable dracénois, Monsieur Paul MORTINI, qui nous a aimablement proposé de bénéficier des services d'une association humanitaire dont il est le fondateur pour procurer des meubles, de l'électro-ménager et des vêtements aux familles dans le besoin.

Enfin, dans le cadre du 1% patronal, le CILVAR nous a apporté son aide en accélérant la mise en place des dossiers LOCA-PASS, permettant ainsi aux sinistrés d'intégrer leur logement provisoire sans avoir à faire l'avance de la caution et des frais d'agence.

 Nous avons pris attache auprès de l'Ordre des Avocats de DRAGUIGNAN, pour que nos salariés soient tenus informés des procédures à suivre, comme des erreurs à pas commettre en de telles circonstances. Deux avocats ont eu la gentillesse d'animer gracieusement une réunion sur le sujet vendredi 25 juin après-midi dans nos locaux.

Le groupe a mis à disposition toutes ses voitures de service pour ceux qui les avaient perdu. Les initiatives individuelles aussi ont compté : un cadre a offert de mettre à disposition un véhicule personnel, un mouvement Facebook de type flashmob a été lancé par l'une de nos salariés afin de venir en aide aux sinistrés.

Enfin, nous avons listé les points d'aide psychologique et informé nos salariés qui souhaitaient bénéficier d'un tel accompagnement.


Quels ont été les réactions de vos fournisseurs, de vos clients,... ?

 Nos fournisseurs ont fait preuve d'une grande réactivité. Les relations que nous entretenons avec ceux-ci et le fait qu'ils soient locaux nous ont permis d'avoir des livraisons immédiates. Un a même proposé gratuitement une maison lui appartenant pour reloger une famille.

La plupart de nos clients ont fait preuve de civisme et de solidarité ; ils nous ont donné carte blanche pour rapatrier du matériel vers les zones sinistrées et acceptés d'être plus souples en termes de prestations. Ils ont participé eux-aussi en nous libérant les moyens et le temps nécessaire.

 


Ce qui est arrivé va certainement provoquer de nouvelles réflexions en cas de gestion de crise ?

Les Plans de Continuité d'Activité (PCA) insistent sur les procédures de gestion de crise et déterminent les moyens et méthodes pour assurer la poursuite des opérations essentielles à la vie de l'entreprise. En revanche, si certains comportements humains peuvent être guidés, l'engagement et la motivation ne se décrètent pas, ni ne se procédurent ; dans cette catastrophe, une des leçons a tirée est la confiance que l'on peut s'accorder dans l'action spontanée. Nous allons nous réunir, dans les prochaines semaines, pour dresser un premier bilan et évaluer la situation notamment du point de vue des moyens de communication, car durant trois jours les télécommunications, fixes et portables, ont été, pour la plupart, coupées.

Une quinzaine de nos salariés bloqués ont dû passer la nuit au siège, sans avoir de nouvelles de leur famille ! Imaginez leur angoisse !


Quelles sont les pertes matérielles et les conséquences sur l'activité, subies par l'entreprise elle-même?

 Deux unités d'exploitations ont été gravement sinistrées, celles de FREJUS et de DRAGUIGNAN, ravagées par la crue. A Fréjus, nous avons perdu tous les tracteurs SPL et à Draguignan, l'ensemble des locaux ont été balayés ; nous en sommes aujourd'hui toujours à inventorier les pertes.

Il faut savoir que nous avons mobilisé des véhicules et matériel de sites du 83 et du 06 afin de déblayer les rues et les maisons, ramasser les encombrants, nettoyer la voirie de ses 30 cm de boues, de gravats, d'arbres,.... Nous louons encore aujourd'hui des engins lourds type tractopelle et chargeur pour gérer le stock de déchets sur les zones de Draguignan et Le Muy. Nous avons organisé dans l'urgence 2 sites de transfert temporaires afin de vider les déchets puis les recharger pour les acheminer en gros volume sur les centres de traitement. Le 1er site se trouve sur l'actuel centre de tri du Muy et accueille à ce jour environ 800 tonnes de matière. Le 2nd se trouve sur l'ancien parking de notre exploitation et stocke 5000 tonnes. Militaires, pompiers, la communauté d'agglomération, nous-mêmes et d'autres encore peuvent vider au plus proche des opérations de déblaiement ce qui favorise grandement la vitesse de rotation sur les zones.

Nous avons perdu énormément de nos matériels et celui que nous avons fait venir a beaucoup souffert vu les conditions d'utilisation. L'ensemble des moyens et ressources engagés sont exceptionnels et sortent du cadre de nos prestations habituelles sur Draguignan et alentours. Je ne sais pas si nous pouvons parler de pertes aujourd'hui à ce niveau, mais nous espérons que notre engagement sera aussi reconnu à sa juste valeur.

Photo : La direction d’exploitation endommagée par la crue

 

Témoignage de la chronologie des évènements par la DRH du Groupe PIZZORNO qui a vu la crue ravager l'essentiel de sa demeure, dans laquelle se trouvaient, entre autres, 5 autocars, plusieurs véhicules, une caravane et une camionnette.....

 Depuis le matin, il pleuvait sans discontinuer, vers 15h la pluie s'est intensifiée.

A 16h30, je suis partie chercher ma fille à l'école, mais elle était partie à son cours de solfège, devant pour cela traverser le centre ville.

A 17h, ma fille, ayant de l'eau jusqu'à la taille a eu la bonne idée de se réfugier au siège du groupe PIZZORNO.

Tentant de l'y rejoindre, je me suis retrouvée coincée à une station d'essence.

A 18h, Draguignan n'étant plus accessible, j'ai rencontré un homme grenouille qui m'a conduite rejoindre ma fille au siège du groupe PIZZORNO!

A 20h, je me suis retrouvée bloquée avec une quinzaine d'autres collègues, sans pouvoir communiquer, ni savoir si mes parents qui m'attendaient chez moi étaient sains et saufs.

Nous voyions au travers des vitres, des maisons à moitié inondées et des gens demandant de l'aide en lançant des SOS avec leurs lampes de poche par les fenêtres.

 Vers 2-3h du matin, un bruit sourd et grondant accompagna une déferlante d'eau et de boues, tout le monde parle d'une vague de plus de 2 mètres surgissant dans les rues les plus touchées!

A 4h du matin, je suis arrivée à convaincre un Pompier de me ramener chez moi, ma maison se trouvant près de la rivière, là où l'on savait qu'il y avait des morts !

Nous n'avons pu rejoindre ma maison et je ne pouvais que l'apercevoir de l'autre côté de la route où j'étais arrêtée, les hélicoptères tournoyaient sous la pluie battante au dessus de toits depuis lesquels ils hélitreuillaient les rescapés. Il m'était impossible de savoir si mes parents âgés de 80 ans étaient vivants. Au loin régnait un noir absolu, seulement troué par les signaux lumineux provenant des appels de détresse.

Fort heureusement mes parents s'étaient réfugiés au premier étage et ont été secourus le lendemain. Le jour suivant et durant trois jours, nous étions nombreux, comme moi, à ne pouvoir revenir à nos domiciles. Nous nous sommes, alors, tous entraidés et nous avons parlé ensemble, comme si nous nous étions toujours connus. Il n'y avait plus de masques. Tout le monde se comprenait sans même s'exprimer.

Le deuxième coup dur est advenu, cinq jours après le passage des Médias et des Politiques, dans la mesure où nous avions la sensation de retomber dans l'oubli. Au départ on ne perçoit pas exactement l'ampleur des dégâts, car toute la ville semble détruite. Au retour dans le centre ville qui a été pratiquement entièrement nettoyé, on voit des personnes prendre soin de leur jardin. La douleur est intense de savoir que l'accès à ma maison sera condamné, au moins durant sept mois, aux dires des Experts, pour raisons de travaux de remise en état! En attendant, je serai hébergée au domicile d'une amie et ma fille partira en vacances, à la rentrée, «on verra bien ! » me dit-elle, avec des larmes dans les yeux!

Je ne suis pas la seule à être confrontée à ce type de situation, onze autres familles ont tout perdu, mais l'essentiel est d'être en vie.
La seule chose que je peux vous assurer, c'est que dans ces moments là on n'a pas envie de se sentir seul. Nos équipes tournent à plein régime, venant de partout et il faut maintenant traiter certains de nos clients qui nous rappellent qu'eux aussi ont des besoins et que nous devons honorer nos contrats ! La vie reprend toujours le dessus !


Témoignage de Cédric BOQUERET, Responsable du Centre d'exploitation de BRIGNOLES, SAINT-MAXIMIN VENELLES rencontré chez l'un des Salariés sinistrés

 Mardi soir, je suis parti de BRIGNOLES vers 17h et avec mon équipe j'ai passé la nuit à creuser des tranchées pour tenter d'arrêter l'eau et à surélever les meubles.

Le mercredi matin, on s'est retrouvés spontanément au siège du groupe PIZZORNO, hagards en raison de la désolation qui régnait dans les rues. Nous avons contacté les collègues pour trouver des volontaires. J'avais la disponibilité d'un camion plateau et j'ai embarqué plusieurs salariés en direction de TRANS-en-PROVENCE. Sur place, nous étions apparemment les premiers à venir porter aide et assistance aux habitants. Au contact de la population, nous avons vu une petite lumière s'éclairer dans leurs yeux. Bon nombre d'entre eux étaient entrain de vider leurs maisons. Je pense que le fait de débarrasser de leur vue les morceaux souillés de leur vie sur le trottoir les a aidé à se tourner de nouveau vers l'avenir.


Qu'est ce qui vous surprend aujourd'hui ?

 Cela fait des années que l'on fait la tournée de collecte des déchets, sans forcément être connus des usagers. Aujourd'hui, les regards échangés entre nous se sont radicalement transformés. J'ai l'impression que nos populations voient les « éboueurs » d'un autre oeil et cela fait chaud au cœur !

Dans ce que nous avons vécu, il n'y avait plus de notion de grades, de fournisseurs, de clients, de syndicats ; la seule chose qui comptait c'était l'Etre Humain !

Et c'est dans ces moments là que j'ai réalisé que « partager son bonheur c'est le multiplier, partager sa peine c'est la réduire de moitié » !

 

Interview réalisé avec :
Valérie Mirrione, Directrice des Ressources Humaines
E.V, Assistante de Direction
Yan Leblanc, Responsable Développement Durable
Stéphane Legrandjacques, Directeur d'Exploitations
Philippe Roques, Directeur d'Exploitations
Cédric Boqueret, Responsable d'Exploitations

 

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