Philippe Chesneau, vous êtes Vice-président de la Région PACA, délégué à l'emploi et aux politiques territoriales. Vous étiez numéro 6 de la liste Europe Ecologie aux dernières élections alors justement il nous parle de la RSE et l'europe, la RSE et l'emploi, l'aménagement du territoire et les PRIDES.....
Votre mouvement est arrivé 2ème sur notre Région, que peut-on attendre de l’Europe pour notre Région, comment allons nous mieux en bénéficier et s’il y avait 3 actions prioritaires pour vous quelles seraient-elles ?
C'est dans l'Europe que nous trouverons des solutions à notre crise environnementale. On avance, le Conseil Economique et Sociale Européen a affirmé qu'il était plus intéressant pour les TPE-PME de former des salariés que de les licencier ! Il y a plus de conscience à investir dans le capital Humain. On juge les idées à leur impact électoral permettant de confronter le discours de la conversion de l'économie vers l'écologie. Il y a une prise en compte plus importante des impacts environnementaux sur l'activité et donc c'est sûr que les décideurs vont peindre de plus en plus leurs décisions en vert. Ces élections montrent aussi que la rentabilité a ses limites. Les entreprises qui ont un dirigeant qui décide de tout avec une poignée de collaborateurs ont montré leur limite. Il faut à tout pris mobiliser les salariés, les impliquer dans la gestion de l'entreprise. Je prône des modèles de coopérations où les salariés élisent leur dirigeant et décident du partage des dividendes.
Vous parlez des entreprises appartenant au secteur de l‘économie sociale et solidaire et ce modèle ne touche qu'approximativement 10% des entreprises ?
Les valeurs véhiculées par l'économie sociale et solidaire avancent. Aux dernières élections prudhommales, les patrons de cette économie ont pris 20% des sièges, ils ont doublé leur influence. L'économie sociale et solidaire, ce n'est pas seulement des coopératives, mutuelles, ou des associations, il y a aussi des SARL. C'est un état d'esprit, il y a des entreprises faisant partie de l'économie sociale et solidaire dirigée comme des entreprises classiques qui ont oublié que la gouvernance passait par la coopération et leur implication à la gestion de l'entreprise.
Les entreprises de l'économie classique ont besoin de l'appui des salariés pour avancer. Elles ont besoin d'échanger. Les salariés ne peuvent plus remettre leur sort qu'entre les mains d'une ou deux personnes. Pour cela il faut les former à la gestion de l'entreprise. Nous avons proposé ce projet et nous avons un budget dédié à cela. Nous attendons des demandes venant au moins du secteur de l'économie sociale et solidaire. D'autres organisations réfléchissent dans ce sens, la CGPME s'est montrée favorable dans le cas d'une cession à la reprise de l'entreprise par les salariés.
Notre politique au Conseil Régional va dans ce sens avec les accords de branches, avec les PRIDES on essaye d'impliquer les dirigeants pour qu'eux-mêmes impliquent leurs salariés. Les PRIDES sont un outil de coopération inter-entreprise. La RSE est un outil de cette nouvelle relation au travail et les bilans sociétaux doivent plus associer les parties prenantes. Cette meilleure collaboration entre salariés et dirigeants permettra aux salariés de faire la part des choses entre les promesses et la réalité. La méfiance entre les uns et les autres s'atténuera parce qu'ils se connaitront mieux.
Ce système de coopération est valable aussi pour le créateur : appartenir à une plateforme permet de mieux coopérer et de s'alimenter mutuellement en fonction de ses compétences. Cette coopération ne doit pas s'arrêter une fois l'entreprise crée mais elle doit être suivie dans le temps. 90% des entreprises survivent quand elles sont suivies (source économie sociale et solidaire)
Il faut sortir du chacun pour soi au nom de la concurrence, la coopération ne l'empêche en rien.
Aujourd'hui, on voit que le capitalisme traditionnel a ses limites. Nous vivons une sorte d'aliénation face à la consommation. Il faut créer une économie qui réponde à nos besoins et arrêter d'en créer toujours des nouveaux. L'état de notre planète le démontre toujours un peu plus chaque jour. Maintenant personnes ne sait par quoi le remplacer. Personnellement, je crois à une économie plurielle qui reconnaît la nécessité de chaque économie. L'économie classique est nécessaire surtout pour faire face à la production industrielle.
En tant que VP Emploi comment soutenez-vous les entreprises dans la crise et leur démarche RSE ?
Nous faisons en sorte que le dialogue social soit le plus important possible pour anticiper les difficultés et ne pas intervenir lorsque l'entreprise s'y trouve et que les bras de fer commencent.
Nous avons crée un fonds d'urgence le fond de formation IRIS (Intervention Régionale pour l'Investissement Social) dédié à la formation professionnelle afin de prendre en compte les personnes les plus fragilisées qui notamment passent à travers les "mailles" des interventions déjà existantes et ce quel que soit leur statut. Ainsi, le Fonds IRIS dispose d'ores et déjà de 5 Millions d'Euros auxquels viendront se rajouter les financements mobilisés par les partenaires de la région (dont les OPCA Organismes Paritaires Collecteurs Agréés). Ce fond permet d'aider les entreprises en difficultés et notamment celles qui veulent renforcer les compétences de leurs salariés susceptibles de perdre leur emploi ou reconvertir leurs salariés. En juillet ce fond sera tourné vers les artisans.
Nous avons mis aussi en place le FIT for Europe, formation pour une migration positive, financé par les fonds de la Communauté Européenne pour les actions extérieures : il s'agit d'une formation professionnelle et linguistique adaptée aux besoins des pays employeurs et régions destinataires qui sera dispensée aux candidats à l'immigration.
Concernant les PRIDES, quel constat faites-vous ?
La RSE tout particulièrement, est partie des grandes entreprises capitalistes. Les plus petites disaient que seules les grandes entreprises pouvaient se payer le luxe de pouvoir mener une politique de RSE. Aujourd'hui les plus petites entreprises réalisent que ce n'est pas un luxe mais une nécessité. La RSE, c'est un facteur de développement économique participatif.
Nous sommes nombreux à porter ce projet, particulièrement Patrick Allemand, mais ce que je peux dire c'est que cela réussit au-delà de l'imaginable. Notre pari qui voudrait que le conseil régional insuffle une politique pour que les chefs d'entreprises s'approprient cette démarche est en marche.
Vous êtes aussi élu à l'aménagement du territoire, comment diffusez vous les notions de RSE ou de DD sur notre territoire ?
C'est une vraie difficulté. Au lieu de faire du saupoudrage de commune en commune nous aimerions avoir un projet d'ensemble.
Cela est particulièrement difficile sur les territoires ruraux, ils n'ont pas la culture d'imaginer qu'ils puissent agir sur l'emploi et sur le développement local. Dans les communes cela marche bien parce qu'il y a des agences, sur les territoires ruraux, en revanche l'organisation est diffue. Il faut remettre à jour le développement local endogène.
Pour en savoir plus sur IRIS :
http://www.iris-crise-region-paca.org/proposition-region.shtm
Pour en savoir plus sur le FIT :
http://www.ccis-agadir.com/pages/dossier/fichiers/24-d.pdf