Léo Dayan, vous êtes invité au Forum de la RSE. Economiste, vous enseignez à l'Université de Paris I Panthéon Sorbonne le développement durable que vous avez introduit dès 1995 dans vos cours. Vous êtes le directeur scientifique d'un laboratoire mondial indépendant de recherches scientifiques pour le développement durable, l'APREIS (Acteurs, Pratiques, Recherches Européennes et Internationales pour la Soutenabilité www.apreis.org), consultant en développement durable pour des organisations professionnelles de PME et l'initiateur scientifique d'un modèle de développement du tourisme compétitif durable 3one (One global design. One intersectorial engineering. One local way. www.3one.eu) pour les PME du local.
Vos travaux échappent aux académismes. Vos réflexions en matière de durabilité ont traversé les frontières. Elles donnent lieu à des propositions pratiques et alimentent la réflexion. Quelles sont les grandes thématiques de votre réflexion ?
Economie de la durabilité, économie de la connaissance, politique fiscale de la durabilité, gestion globale du risque environnemental, entreprise durable, stratégies internationales des firmes, ingénierie du développement local durable, dimension interculturelle du développement, tourisme compétitif durable
Quel est le projet le plus important que vous avez mis en place ?
Ma première publication scientifique s'intitule «le développement en questions» et date de 1984. Elle a conduit à la création en 1989 d'une organisation civile locale pour le développement durable qui s'est transformée en 1999 en laboratoire civil mondial de recherches scientifiques pour la durabilité. Reconnu et apprécié par une diversité d'acteurs et dans de nombreux pays, ce laboratoire indépendant a été créé en raison du peu d'intérêt porté en France par les économistes au développement durable qui le réduisaient à l'économie de l'environnement. Ce laboratoire répond aux exigences de la recherche sur la durabilité. Celle-ci requiert une démarche coopérative interdisciplinaire, internationale, interenvironnementale, interculturelle, interprofessionnelle, intergénérationnelle et l'intégration des acteurs civils dans la production et la validation des connaissances.
A quoi sert le laboratoire APREIS que vous dirigez?
C'est un producteur d'idées et de propositions pratiques, un « Think Tank » opérationnel, associant étroitement la formation-recherche-action-réalisation, un réseau coopératif international de chercheurs et d'experts qui élaborent des études conceptuelles et des solutions concrètes sur la mise en œuvre de la durabilité du Brésil à la Pologne, de l'Allemagne à Singapour, de la Russie au Cameroun. Certains membres de l'APREIS sont devenus ministre, président d'université, entrepreneurs responsables, conseillers de gouvernement locaux.
Nos idées font leur chemin. Sûrement mais civilement !
S'il y avait 4 points à retenir parmi l'ensemble de vos travaux sur la durabilité ?
1. Une définition scientifique du champ de la durabilité: Le lien le lié le liant qui en fait un concept holistique.
2. L'introduction d'un quatrième pilier au développement durable: le culturel et l'interculturel
3. Une conceptualisation de l'économie de la durabilité: l'économie des éco liaisons qui se distingue de l'économie de l'environnement. Cette économie fait prévaloir la productivité des ressources, la sûreté des produits et la qualité de la connaissance sur la productivité du travail et recompose l'économie en écosystèmes locaux. Elle déconnecte l'accroissement de la performance des entreprises et des richesses de l'accroissement des flux et des stocks de matière, d'énergie et de déchets
4. Un modèle de stratégie fiscale pour la durabilité: Le glissement des cotisations sociales patronales vers un éco-impôt sur le capital polluant dans le cadre d'une fixation conjointe et combinée du taux d'éco impôt et du taux de cotisations sociales. Cette voie modifie les trajectoires technologiques des entreprises en faveur de l'emploi, de la production durable, du pouvoir d'achat en termes de biens durables et s'adapte aux besoins de financement de la protection sociale. Cette voie doit s'accompagner de l'institution d'une taxe sur les importations de biens polluants dont le produit doit alimenter un Fonds mondial de financement du développement de technologies alternatives dans les pays du « Sud »
En 1999, deux Ministères vous ont commandé une étude sur les marchés locaux de l'emploi du développement durable. Un ouvrage auquel vous avez contribué a été primé meilleur livre de management en développement durable par la presse spécialisée en 2003. Vous avez récemment été invité par la Chancellerie du Président de la République de Pologne à faire une conférence sur le développement durable. La ville de Douala vous a demandé d' établir un diagnostic sur le traitement des déchets et les possibilités de leur réutilisation artisanale. Qu'apportez vous de concret aux entreprises qui vont venir vous écouter vendredi 19 mars 2010 ?
L'APREIS a des idées audacieuses et réalistes, elle associe approches stratégiques et démarches pragmatiques. Les PME sont des gisements d'innovations favorables à l'emploi et à la compétitivité durables. Pour l'APREIS, la priorité est de libérer les entreprises de leurs charges sociales et, en contrepartie, d'instituer, simultanément et selon un échéancier défini à l'avance, un éco-impôt progressif sur les technologies qui accroissent les flux et les stocks de matière et d'énergie non renouvelables, sur les biens dont les déchets ne sont pas réutilisables et sur les biens qui libèrent des substances toxiques pendant leur fabrication, leur transport, leur usage ou leur réutilisation. Cette manière de procéder est plus socialement équitable et plus économiquement efficiente que la taxe carbone ou le marché des droits à polluer.
En participant aux débats, les entreprises pourront conforter leurs convictions sur l'importance de leur rôle dans les conditions de la mise en œuvre de la durabilité locale et globale, connaître des bonnes pratiques, mieux maîtriser les directions à prendre pour développer leurs expertises d'acteurs économiques responsables et identifier le cadre externe dont elles ont besoin et qui leur permettrait d'accroître les emplois et les richesses et de prospérer en se rendant toujours plus responsables.