François Xavier de Fornel, vous êtes Directeur Général de La « Banque Populaire Provençale et Corse », (B.P.P.C), quels sont les problèmes que vous pose la crise, ce qui a changé depuis dans votre Banque, quelle est votre différence en tant que Banque Coopérative et quelles sont vos actions R.S.E mises en place en tant que Président du PRIDES « Finance et Conseils ».
Aujourd'hui, la Banque Populaire Provençale et Corse, c'est 20.000 clients professionnels, 160 000 clients particuliers, en ajoutant ceux associés à la Banque CHAIX, filiale à 100 % de la BPPC, cela représente plus de 300.000 clients et un CA de 210 millions d'euros.
Vous vous affirmez comme une Banque régionale, vous n'aimez pas l'amalgame qui consiste à mettre toute les Banques dans le même panier face à la responsabilité qu'elles ont dans la crise, pourquoi ?
Notre fonction est de collecter régionalement les fonds, de les redistribuer et nous prêtons moitié plus que ce que nous ne collectons. Nous ne sommes pas une banque de marchés (traders, bonus, etc...).Nous sommes une banque de proximité et nous avons aussi souffert de la crise financière au travers des entreprises qui ont eu des problèmes de trésorerie ou n'ont pu honorer le remboursement de leurs échéances de prêt. Ce phénomène a été multiplié par 2 par rapport à l'année dernière.
Pour autant, notre responsabilité a été de continuer à prêter même s'il a fallu se refinancer sur d'autres marchés à des taux d'intérêt plus importants.
Qu'est ce qui a changé depuis la crise dans votre banque ?
Il faut savoir que l'une de nos premières actions, vis-à-vis de nos Clients, a été de continuer à prêter de l'argent.
Nous avons aussi préparé nos Collaborateurs aux réactions parfois violentes des Clients qui se retrouvaient dans des situations difficiles. Pour cela nous avons développé les formations : «comment réagir face à l'agression» et avons formé nos Managers pour qu'ils puissent s'interposer et accompagner leurs équipes. De plus nous ne devons pas oublier que nos Collaborateurs sont à la fois Employés de Banque mais aussi Consommateurs. Eux aussi sont victimes de la crise.
Nous avions précédemment mis en place une agence « Solidarité » ayant pour vocation de traiter les accidents de la vie de nos clients (maladie, divorce, chômage). Elle a accru sa présence pensant qu'il y aurait plus de souffrances, mais malgré cela on ne peut pas dire que le nombre de demandeurs d'un tel service ait significativement augmenté.
En quoi le fait d'être une Banque Coopérative vous conduit à agir différemment ?
Bien sûr, nous sommes obligés, comme toute entreprise, de dégager des résultats adaptés pour renforcer nos fonds propres et en même temps nous avons le devoir de redistribution. Nous le faisons de deux façons :
Par ailleurs, nous développons des actions sociétales qui soulignent notre côté coopératif.
Nous avons une fondation dotée de 600.000 euros par an, une vingtaine de clubs « déclic »*, nous accompagnons des plateformes d'initiatives locales. Cette double démarche permet de distribuer plus de 20 % de nos résultats..
Quelle attitude et critère mettre en évidence pour se reconnaître entre individus d'une entreprise coopérative ?
C'est à mon sens plus un problème d'accueil et de temps consacré à résoudre les problèmes, ceci permet de développer un sentiment de plus grand respect à l'égard de nos Employés et de nos Clients et d'instaurer, d'ailleurs, une confiance différente.
Avez-vous posé la question à vos Salariés pour connaître leur perception quant à être et travailler dans une banque coopérative ?
C'est le chantier que nous venons de lancer il y a quelques semaines. Je pense que c'est l'addition de tout un ensemble de choses qui crée la différence entre une banque coopérative et une autre.
Quelles sont les actions que vous menez qui, selon vous, créent cette différence ?
Cela touche tant les clients que les collaborateurs. Ainsi, il faut savoir que la spécificité originelle de notre banque consistait à aider les Créateurs à financer leurs projets. Nous accentuons ce phénomène et prenons ainsi des risques.
Par ailleurs, nous menons très régulièrement des enquêtes sociales pour détecter une possible souffrance au travail. Nous avons une personne de la DRH spécialement dédiée à l'accompagnement des handicapés. Nous nous sommes investis dans un projet collaboratif de crèche d'entreprise et avons réservé des places pour nos Collaborateurs qui se retrouveraient face à un problème de garde d'enfant. Nous investissons plus de 8% dans la formation. Nous partons du principe que plus une personne est formée, plus elle est à l'aise dans son travail, moins le risque de souffrance au travail est important.
Au niveau environnemental, nous allons faire un bilan carbone, nous avons mis en œuvre des réductions énergétiques, lors de notre déplacement de notre Siège, nous lancerons un plan de déplacement d' "entreprise". Notre combat est aussi de réduire notre consommation de papier. Pour cela nous avons refait notre intranet ce qui nous a permis d'y introduire tous nos formulaires sans ne plus avoir besoin de les pré-imprimer. Nous allons mettre en place une numérisation de tous les documents. Par contre nous ne savons toujours pas maîtriser les messageries mails qui sont une extraordinaire source de gâchis de papiers (imprimer les mails, les pièces jointes, être sur que tout le monde a bien lu son mail etc...) et je suis preneur de solutions.
Vous êtes aussi président du P.R.I.D.E.S « Finance Conseils Méditerranée », quelles sont vos actions tournées vers la responsabilité sociétale des entreprises ?
Notre action est particulièrement tournée vers ce que l'on peut apporter aux Professionnels de la rive sud avec laquelle notre Région échange énormément. Nous nous efforçons de créer des réseaux, de proposer des formations à ces Professionnels, de nouer des partenariats, d'ouvrir ces réseaux à l'accompagnement des PME sur la Rive Sud. Nous avons une responsabilité sociale et une vision que nous tentons de partager en organisant, par exemple, en ALGÉRIE des formations sur la sécurisation des moyens de paiement et le blanchiment d'argent. En aidant la Rive sud, nous aidons notre Région à mieux se développer.
Nous avons une action transversale avec les 28 autres P.R.I.D.E.S qui consiste à accompagner leurs entreprises adhérentes à préparer des business plan, à mieux présenter leurs projets. Nous le faisons au travers de cas concrets pour leur éviter des erreurs. Nous mettons en place un coaching et un jury de professionnels qui a pour vocation de mettre en condition des Porteurs de Projets, avant qu'ils ne s'adressent à des Financeurs. Nous leur faisons un retour sur leurs présentations et leur faisons part du vote émis sur le suivi de leurs projets.
Clubs « déclic »* ( Groupement de Clients Sociétaires bénévoles qui ont l'esprit mutualiste et solidaire et qui proposent des projets à la Fondation sur ses trois piliers « la solidarité », « le patrimoine », « l'environnement » Ces projets doivent participer au développement économique local)