André Bendano, vous êtes Président de la Chambre de métiers et de l'artisanat des Bouches-du-Rhône, vous êtes maître artisan coiffeur et dirigez 20 salariés. Vous nous parlez du poids économique de l'artisanat après la crise, des actions que vous engagez pour amener les entreprises artisanales à plus de RSE et des nouveaux projets pour renforcer le comportement responsable des entreprises de votre secteur.
Que représentent les artisans sur notre département et quels sont les effets de la crise ?
Nous comptons 32 500 artisans. Nous sommes le premier département en nombre derrière celui de Paris et nous sommes le premier employeur des Bouches du Rhône.
Malgré la crise nous avons réalisé + 4% d'embauche supplémentaire en 2009. Notre taille plus réduite nous permet souvent de réagir et de nous remettre en question plus rapidement que les autres entreprises. Notre profession à mieux résister que les autres secteurs qui affichent sur la même période des taux à la baisse - 3%.
Comment incitez vous les entreprises artisanales à mener des politiques sociales et environnementales responsables ?
Les artisans sont confrontés tous les jours aux consommateurs et ils peuvent les inciter à acheter de manière plus responsable. Pour faire passer ce message, ils doivent être en congruence en actes et paroles.
C'est pourquoi, nous développons, avec les organisations professionnelles, une offre de prestations spécifiques pour les différents corps de métier.
En 2008, une étude régionale a mis en évidence les besoins des artisans en tant que consommateurs d'énergie mais aussi en tant que prescripteurs, pour que leurs clients adoptent des comportements plus responsables. Nous avons constaté un réel intérêt des artisans mais ils ne savent pas toujours par où commencer.
Le manque de moyens financiers peut constituer un frein pour nos entreprises, de taille réduite. Nous sommes donc allés chercher les aides auprès des collectivités locales : la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, très présente sur ce créneau, et l'ADEME.
Aujourd'hui, nous proposons aux entreprises artisanales de réaliser des diagnostics pour leur permettre d'augmenter leur performance énergétique. Dans la foulée, nous pouvons aussi les aider à bénéficier des nombreuses aides disponibles pour rénover leur installation.
En parallèle, nous leur donnons, en collaboration avec les organisations professionnelles, les moyens et l'argumentaire pour convaincre leur client de l'intérêt d'une démarche Développement durable.
Nous poursuivons également des actions collectives ciblées sur certains métiers comme la récupération des déchets de peinture. En 1 an, nous sommes passés de 3 à 9 tonnes récoltées. Dans ce cas, nous incitons les entreprises à communiquer sur leur engagement qui représente un avantage concurrentiel, par exemple à l'aide d'une pastille identifiable «Artisan propre».
Que faites vous pour inciter vos artisans à développer des démarches sociales responsables ?
L'artisanat est constitué d'entreprises de petite taille qui ont besoin d'une équipe soudée. Le chef d'entreprise préférera diminuer son salaire plutôt que de licencier. Il y a un réel esprit d'équipe de cohésion. Les ¾ des apprentis sont formés en France dans des entreprises artisanales. Les maîtres d'apprentissage jouent un rôle de guide auprès des jeunes. Quand on parle de développement durable, nous pensons aux futures générations, que nous côtoyons tous les jours. Nous nous devons, vis-à-vis d'eux, d'être encore plus responsables.
Deux des thèmes de nos rencontres mensuelles, les « Lundis réussite », sont consacrés cette année à la RSE : «Motiver et fidéliser vos salariés sans dépenser plus» et «Mettre en place une politique de gestion responsable de vos achats et déchets».
Quels sont vos futurs projets tournés vers le développement durable ?
Nous allons construire une université des métiers et de l'artisanat 100% écologique. C'est une première en France.
En plus de notre engagement permanent, nous avons en préparation des actions spécifiques pour les coiffeurs et les boulangers - pâtissiers. Nous avons créé deux programmes d'accompagnement baptisé CAPEA pour Cycle d'Amélioration des Performances de l'Entreprise Artisanale. Il s'agit de faire le point sur son potentiel d'activités pour piloter plus efficacement l'entreprise, y compris en intégrant des démarches relevant de la responsabilité sociale et environnementale.
Nous avons sur notre site Internet un espace dédié aux actions menées dans le domaine de la RSE. J'encourage les chefs d'entreprise intéressés à s'y rendre : www.cma13.fr/espace-developpement-durable.html
Enfin, je terminerai par une phrase de John Fitzgerald Kennedy « J'ai besoin d'hommes et de femmes capables d'imaginer ce qui n'existe pas ». Le développement durable est un nouveau monde où nos artisans ont tout à construire.....